Voici un fruitier sauvage longtemps dédaigné… mais plus pour longtemps, c'est certain !
Originaire du bassin méditerranéen et largement dispersé dans toute l'Europe par les Romains, le cormier (Sorbus domestica) est un arbre aux nombreuses qualités, tombé malheureusement dans l'oubli.
Il produit des fruits charnus appelés cormes. En forme de petites poires ou de pommes, les cormes se consomment blets, c'est-à-dire après avoir ramolli naturellement avec le temps. Attention : cueillis trop tôt, ils sont d'une astringence redoutable : il faut vraiment attendre qu'ils soient bien mous, voire ramassés au sol. Le gel peut accélérer ce blettissement, mais n'en est pas la condition. Une fois blets, leur goût doux et sucré en fait un bon fruit de bouche, et ils se prêtent aussi à la transformation : confitures, tartes, sirops, fruits séchés ou encore eaux-de-vie traditionnelles.
C'est aussi un arbre magnifique, pouvant vivre jusqu'à 500 ans, au port majestueux et dont le feuillage se pare de flamboyantes teintes orangées à l'automne.
Résilience climatique
Le cormier n'a pas seulement un intérêt patrimonial ou gastronomique : la science confirme aujourd'hui qu'il est l'un des arbres les plus adaptés aux bouleversements climatiques en cours.
D'une grande robustesse face aux aléas météorologiques, il est tolérant à la sécheresse estivale et aux canicules. Les études montrent qu'il continue de croître dans des conditions sèches où d'autres feuillus dépérissent, poussant même dans des zones recevant à peine 600 mm de pluie annuelle.
Il s'adapte également très bien aux hivers humides, tant que le sol reste bien drainé et aéré. Il redoute en revanche les sols lourds, compacts et stagnants (hydromorphes).
C'est une essence particulièrement résiliente dans les régions de climat contrasté : hiver froid et humide, été chaud et sec, soit exactement le scénario annoncé pour de nombreuses régions françaises dans les décennies à venir. Fait remarquable pour un arbre appréciant la chaleur : il fait preuve d'une excellente résistance au froid hivernal (jusqu'à -25°C, voire -30°C selon certaines observations en Europe du Nord) et, contrairement à beaucoup d'arbres fruitiers, il n'est pas sensible aux gels tardifs printaniers.
Côté sol, il est accommodant : calcaire, argileux, limoneux, caillouteux, il s'en sort dans la plupart des situations. La seule chose qu'il ne pardonne pas, c'est l'eau stagnante : un sol qui reste engorgé durablement lui est fatal. Pour une plantation réussie le mieux est donc un sol avec une richesse correcte et un minimum drainant.
Son système racinaire puissant, s'enfonce profondément à la verticale et lui permet de trouver l'humidité en profondeur lors des sécheresses et contribue à stabiliser les sols (atout supplémentaire en agroforesterie et en reboisement de terrains dégradés).
Ajoutons que son bois, dense et de très grande qualité, est prisé pour le tournage, la coutellerie et l'ébénisterie.
Culture
Le cormier pousse lentement, mais sûrement, pour atteindre à maturité une belle stature d'arbre de 15 à 20 mètres, parfois davantage en forêt. Il faut accepter d'attendre : la fructification démarre souvent après une dizaine d'années en franc.
Attention, ce n'est pas parce que c'est une espèce résiliente qu'il faut bacler la plantation. Au contraire. Vous allez recevoir un jeune plant qu'il faut soigner quelques années pour qu'il s'installe durablement. Un grand trou de plantation donc, un apport de compost pour l'aider au début si votre terre n'est pas très riche et un arrosage régulier les premières années. Pas forcement souvent mais en grande quantité afin que l'eau humidifie le sol en profondeur et que les racines s'enfoncent elles aussi en profondeur.
Côté entretien : il ne nécessite quasiment aucune taille et n'a pas besoin d'arrosages après ses jeunes années. Un point de vigilance toutefois : le chancre peut s'attaquer aux jeunes plants, en particulier dans les régions au climat plus humide. Une bonne préparation du sol et un plant de qualité restent les meilleures protections.
On peut le planter en isolé ou dans une haie libre type "haie bocagère", en laissant de l'espace pour qu'il puisse se développer (1 tous les 15-20 m par exemple). Il n'est pas adapté à une haie basse ou compacte, mais idéal en alternance avec d'autres essences hautes (érable champêtre, merisier, alisier…).
Biodiversité
Le cormier est un bon mellifère de début de saison : ses fleurs blanches parfumées, qui s'épanouissent en mai-juin, produisent un nectar et un pollen appréciés des colonies d'abeilles. Sans rivaliser avec le tilleul ou le châtaignier, il constitue une ressource florale utile et complémentaire, notamment pour la diversité des butinages au printemps.
A l'automne ses fruits, riches en glucides, sont prisés des oiseaux frugivores comme les grives, les merles, les étourneaux, mais aussi par les petits mammifères.
Source : Association Cormier
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