Non, un arbuste à fleurs n'a pas forcément besoin d'une taille sévère pour bien fleurir. Ce qui compte c'est surtout le moment où vous le faites. Je vous explique comment je m'y prends selon la période de floraison, avec quelques exemples que je cultive à la pépinière.
En bref
- On ne taille pas un arbuste à fleurs « au carré » : le but est d'enlever le bois mort, d'aérer le centre et de garder une forme souple
- La plupart des arbustes à fleurs sont basitones : ils repartent du pied, donc on peut supprimer une vieille tige entière sans les affaiblir
- Floraison de printemps (Amélanchier ovalis) : taille juste après la floraison, pas obligatoirement chaque année
- Floraison d'été ou d'automne (Caryopteris, gattilier) : taille assez courte en fin d'hiver, pour stimuler les jeunes pousses qui porteront les fleurs
- Le Buddleja davidii tolère une coupe radicale en fin d'hiver, presque au ras du sol, sans en être affaibli
- Un outil bien affûté fait une coupe nette qui cicatrise vite ; je préfère sécateur ou cisaille au taille-haie
Dans cet article
Pourquoi on ne taille pas sévèrement pour fleurir
On croit souvent qu'il faut tailler sévèrement un arbuste à fleurs pour le faire fleurir davantage mais pour la plupart ils n'en ont pas besoin physiologiquement. Le but de la taille est plutôt d'enlever le bois mort, fragile ou trop vieux, d'aérer le centre de l'arbuste pour limiter les maladies, de lui donner une forme harmonieuse ou parfois de diminuer sa taille.
Oubliez donc les coupes militaires au carré ou en boule qu'on voit souvent dans les massifs des communes : c'est laid et vous risquez de perdre une floraison. Le mieux est de garder les buissons souples, avec des branches qui retombent naturellement. C'est plus harmonieux et respectueux du végétal.
Le repère qui commande tout : d'où repart la plante
Avant de se demander quand tailler, il y a une question à régler : est-ce que l'arbuste est basitone, c'est-à-dire qu'il repart du pied (voir notre article sur les grands principes de la taille pour le détail) ? C'est le cas de la majorité des arbustes à fleurs de jardin, et c'est justement ce qui les rend faciles à rajeunir sans risque : on peut supprimer une vieille tige entière à la base sans affaiblir la plante.
Ensuite, la question qui reste : à quel moment tailler pour ne pas perdre une floraison ? Pour le savoir c'est simple, il suffit de connaître sa période de floraison.
Quand tailler ? Tout dépend de la floraison
Deux cas se présentent : les arbustes qui fleurissent au printemps, et ceux qui fleurissent en été ou en automne. Je détaille les deux ci-dessous, avec un cas particulier qui mérite sa propre section.
Les arbustes à floraison printanière
Les arbustes qui fleurissent au printemps, comme l'Amélanchier ovalis, se taillent juste après leur floraison. Pas forcément tous les ans : un passage tous les deux ou trois ans suffit pour les reformer.
Pour rajeunir, on évite de raccourcir les branches par le bout : on supprime plutôt entièrement une ou deux vieilles tiges, au ras du sol, pour laisser la place aux jeunes pousses qui partent du pied.
Les arbustes à floraison estivale ou automnale
Les arbustes qui fleurissent en été ou en automne, comme le Caryopteris incana ou le gattilier, se taillent en fin d'hiver ou tout début de printemps, assez court, pour stimuler les jeunes pousses qui porteront les fleurs.
Je propose actuellement deux gattiliers à la pépinière : le Vitex agnus-castus et le Vitex negundo, le gattilier de Chine. Les deux se conduisent de la même façon.
Un cas particulier : le Buddleja davidii
Le Buddleja davidii, ou arbre à papillons, mérite sa propre section. Il fleurit en été sur les pousses de l'année, et supporte une taille radicale : l'idéal est de le rabattre presque au ras du sol en fin d'hiver, sans que ça l'affaiblisse. Sa forte basitonie lui permet justement d'encaisser ce genre de coupe sans broncher.
Loin d'être un risque, cette coupe sévère le maintient compact et généreux en fleurs. Un Buddleja jamais taillé devient dégingandé, avec une floraison qui se fait plus rare.
C'est la preuve qu'il n'y a pas de règle universelle : chaque arbuste a sa propre tolérance à la coupe.
Mes conseils de taille
Taillez toujours avec un outil bien affûté (sécateur ou cisaille selon le diamètre des tiges) : une coupe nette cicatrise vite et proprement. Je préfère ces outils au taille-haie, dont la coupe moins franche ouvre la porte aux champignons : ce n'est pas un hasard si certaines haies se dessèchent par plaques après une taille de printemps mal faite.
Taillez en aérant le centre de l'arbuste plutôt qu'en tondant tout à la même hauteur : une forme évasée laisse mieux circuler l'air et la lumière.
Coupez les fleurs fanées si vous le souhaitez. Cela évite à la plante de dépenser de l'énergie à faire des graines mais cela peut être chouette aussi de les laisser monter en graines : pour les oiseaux, l'ornement ou la multiplication.
En résumé
Un arbuste à fleurs qu'on ne taille pas ne meurt pas : il fleurit juste un peu moins bien, ou prend une forme moins nette. Si la taille est nécessaire, lancez-vous avec mesure et observez les résultats, c'est le meilleur moyen d'apprendre.
Pour les principes qui s'appliquent à toutes les tailles : Tailler ses plantes, le guide simple pour ne plus avoir peur du sécateur.

