Morus alba. Photo : Alborzagros, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Tailler les Morus : arbre, parasol, cépée ou recépage, à chacun son usage

Les Morus supportent des tailles très différentes, arbre libre, parasol, cépée ou recépage sévère, mais chacune donne un résultat différent. Avant de tailler, il faut donc décider ce que vous attendez de votre mûrier : de l'ombre, des fruits, une petite silhouette ou une touffe de jeunes tiges.

En bref

  • Les Morus ont une forte capacité de reprise : ils supportent le recépage, contrairement à la plupart des arbres
  • La taille de formation prépare soit un tronc avec charpentières, soit une cépée depuis la base
  • En conduite fruitière, on garde du bois de différents âges et on maintient l'arbre autour de 2 à 3 m pour faciliter la récolte
  • Un recépage complet supprime la récolte de l'année et peut retarder la production plusieurs saisons
  • La taille principale se fait pendant le repos végétatif, entre novembre et février
  • En cas de doute, mieux vaut commencer par une taille légère : il sera toujours temps de recéper plus tard

Dans cet article

Un arbre qui accepte beaucoup de conduites

Les Morus, que l'on appelle communément les mûriers, sont des arbres étonnants. Ils peuvent devenir de beaux arbres d'ombrage, produire des fruits savoureux, former une cépée décorative ou repartir vigoureusement après avoir été rabattus presque au ras du sol.

Je propose plusieurs Morus à la pépinière : 'Illinois Everbearing' et Morus nigra comme arbres fruitiers plus classiques, et la 'Matsunaga', une forme mûrier nain compacte qui fructifie dès la première saison, intéressante si vous manquez de place.

Morus 'Illinois Everbearing' BIO Morus nigra BIO
'Illinois Everbearing' et Morus nigra, deux arbres fruitiers que je propose à la pépinière.

Cette grande capacité de reprise est une chance pour vous, mais elle peut aussi donner lieu à des malentendus. On ne taille pas un mûrier de la même façon selon qu'on cherche de l'ombre, des fruits, une petite silhouette ou une touffe de jeunes tiges. La taille choisie détermine l'usage futur de l'arbre.

Avant de prendre le sécateur, posez-vous donc une question simple : qu'est-ce que j'attends de mon Morus ? Un arbre libre ne se conduit pas comme un mûrier taillé en parasol, et un sujet recépé ne donnera pas le même résultat qu'un arbre conservé pour ses fruits.

Pourquoi les Morus supportent-ils le recépage ?

Le recépage consiste à rabattre un arbre ou un arbuste très bas afin de provoquer le départ de nouvelles pousses depuis la souche ou la base des anciennes branches. Les Morus possèdent une forte capacité de reprise : après une coupe sévère, ils peuvent produire de nombreux rejets vigoureux.

Cette faculté permet de les conduire en touffe ou en cépée. Elle permet aussi de rajeunir un sujet vieillissant ou de repartir après une casse importante. Mais un recépage n'est pas une taille neutre : il supprime momentanément la structure de l'arbre et réduit, voire annule, la récolte de l'année.

Une fois recépé, le mûrier ne redevient pas immédiatement un grand arbre. Il produit d'abord beaucoup de jeunes pousses, qu'il faudra sélectionner et organiser si vous souhaitez reconstruire une forme précise.

La taille ne donne pas le même arbre selon l'objectif

  • Conserver un bel arbre naturel. Taille légère d'entretien. Résultat : silhouette libre, ombrage progressif, fructification possible.
  • Créer un arbre d'ombrage en parasol. Formation d'un tronc et d'une tête, puis rabattage régulier. Résultat : couronne horizontale et ombre dense.
  • Récolter facilement les mûres. Maintien d'une hauteur de 2 à 3 m environ et renouvellement des rameaux. Résultat : fruits plus accessibles et arbre contenu.
  • Former une cépée ou une touffe. Rabattage bas et sélection de plusieurs rejets. Résultat : groupe de tiges partant de la base.
  • Rajeunir un vieux mûrier. Recépage sévère, puis sélection des nouvelles pousses. Résultat : forte repousse, mais perte temporaire de la forme et des fruits.
  • Former un écran ou une haie. Rabattages réguliers. Résultat : végétation dense, mais fructification souvent secondaire.

Il n'existe donc pas une seule bonne manière de tailler un Morus. Il existe une taille adaptée à l'usage que vous voulez en faire.

Quand tailler un Morus ?

La taille principale se pratique pendant le repos végétatif, après la chute des feuilles et avant le redémarrage du printemps. Selon la région, cela correspond généralement à la période comprise entre novembre et février. Choisissez une journée douce, sèche et sans gel.

Les Morus peuvent perdre beaucoup de sève après certaines coupes. Mieux vaut éviter les tailles tardives au printemps, lorsque la circulation de la sève est active. Les petites tailles de correction peuvent, elles, se faire en été, notamment pour limiter les pousses trop vigoureuses sur les sujets déjà bien installés.

Les premières années : former avant de réduire

Sur un jeune Morus, la priorité est de construire une structure solide. Ne cherchez pas à le rabattre régulièrement avant de savoir quelle forme vous voulez obtenir.

  • Pour une conduite en arbre, choisissez un axe ou un tronc principal. À la hauteur souhaitée, sélectionnez trois à cinq branches charpentières bien réparties autour du tronc. Supprimez progressivement les branches qui se croisent, celles qui reviennent vers le centre et les pousses trop faibles.
  • Pour une conduite en cépée, laissez plusieurs tiges vigoureuses partir de la base. Gardez uniquement les mieux placées, pour obtenir une touffe équilibrée plutôt qu'un amas de branches serrées les unes contre les autres.

Pendant cette période, les coupes doivent rester mesurées. Une taille trop sévère provoque une forte repousse, mais elle ne remplace pas une bonne structure. Votre rôle, c'est de guider la plante, pas seulement de la contenir.

Le Morus en arbre libre : préserver sa silhouette et ses fruits

Un Morus conduit en arbre libre peut devenir un très bel arbre d'ombrage et, selon l'espèce ou la variété, produire des mûres. Dans ce cas, la taille doit rester légère.

Commencez par supprimer le bois mort, les branches cassées et les rameaux qui se frottent. Retirez ensuite les branches qui se croisent au centre ou qui déséquilibrent fortement la couronne. Une branche mal placée peut être supprimée entièrement plutôt que raccourcie au hasard.

Évitez de couper systématiquement toutes les extrémités. Les fruits se forment principalement sur du bois jeune ou sur de courts rameaux portés par des branches plus âgées. Une taille trop régulière des bouts de branches peut donc réduire la fructification.

Si l'arbre devient trop grand, réduisez-le progressivement en revenant sur une branche latérale bien orientée. Évitez les coupes brutales qui laissent de gros moignons et déclenchent de nombreuses repousses verticales et anarchiques.

Le mûrier conduit en parasol : tailler pour faire de l'ombre

Certains mûriers sont volontairement conduits en parasol pour leur ombrage. On les forme sur un tronc, puis leurs branches principales sont dirigées horizontalement afin de créer une couronne étalée et dense.

La formation prend plusieurs années. Vous commencez par obtenir un tronc suffisamment haut, puis vous conservez quelques branches charpentières réparties autour de la tête. Une fois la forme installée, les nouvelles pousses qui montent ou dépassent peuvent être rabattues régulièrement pour maintenir une couronne plate et dense.

Cette taille est différente d'une taille fruitière. Son objectif principal, c'est de maintenir l'ombre et la forme du parasol. Si vous rabattez chaque année les mêmes branches, le mûrier peut rester compact, mais sa production de mûres devient souvent secondaire. Vous choisissez donc entre une forme très régulière et une fructification plus libre.

La taille se réalise en hiver, pendant le repos végétatif. Les branches charpentières doivent être conservées : on ne les supprime pas comme de simples pousses annuelles. C'est ce support qui donne sa stabilité à l'arbre.

Le Morus fruitier : garder du bois jeune

Si votre priorité est la récolte, la taille doit favoriser le renouvellement du bois. Les fruits apparaissent principalement sur du bois d'un an ou sur de courtes ramifications portées par des branches plus âgées.

Sur un mûrier fruitier adulte, supprimez d'abord le bois mort et les branches mal placées. Raccourcissez ensuite les pousses de l'année précédente qui dépassent fortement de la couronne, sans tout couper au même niveau. Une réduction d'environ 20 à 30 % peut servir de repère sur un sujet vigoureux, à adapter à la variété et à la forme de l'arbre.

Les branches anciennes peuvent être raccourcies pour faire apparaître de courts moignons capables de produire de nouvelles pousses. Ne cherchez pas à renouveler toute la ramure en une seule année : gardez des branches de plusieurs âges pour conserver une production régulière.

Pour faciliter la récolte, vous pouvez maintenir l'arbre autour de 2 à 3 mètres de hauteur, à condition de commencer tôt et de procéder régulièrement. C'est justement l'intérêt d'une forme naturellement compacte comme la 'Matsunaga'. Plus vous attendez, plus les grosses coupes deviennent difficiles et plus l'arbre réagit vigoureusement.

Murier nain - Morus rotundifolia 'Matsunaga' (cov) BIO
'Matsunaga', mon mûrier nain, compact et fructifère dès la première saison.

Cépée et recépage : deux niveaux d'intensité pour la même idée

Le Morus se prête bien à une conduite basse, en touffe. Deux approches sont possibles, selon le point de départ : entretenir une cépée déjà en place, ou repartir de zéro avec un recépage complet.

Entretenir une cépée. Plusieurs tiges partent de la base et forment une touffe, une forme intéressante pour un jardin où vous voulez un sujet plus large, plus bas et plus graphique qu'un arbre sur tronc. Gardez trois à sept tiges principales, bien réparties, selon la place disponible et l'effet recherché. Supprimez les tiges trop faibles, celles qui se croisent et les pousses qui ferment le centre. Une cépée demande un entretien régulier : chaque année ou tous les deux ans, retirez les tiges les plus âgées et conservez quelques nouvelles pousses pour assurer le renouvellement. Si la touffe devient trop dense, mieux vaut supprimer une tige entière à la base que raccourcir toutes les branches à la même hauteur.

Recéper complètement. C'est la version radicale, utile pour un vieux Morus devenu trop grand, un arbre gravement endommagé, une forme qui ne convient plus, ou si vous voulez repartir sur une touffe toute neuve. La coupe se fait très bas, à quelques centimètres du sol, ou à la hauteur souhaitée si vous voulez conserver une souche courte. De nombreuses pousses apparaîtront ensuite : ne les gardez pas toutes. Attendez qu'elles soient suffisamment développées, puis sélectionnez les plus vigoureuses et les mieux orientées : plusieurs rejets pour reconstruire une cépée, une pousse principale et quelques futures charpentières pour reconstruire un arbre. Les autres rejets se suppriment progressivement.

Dans les deux cas, sachez qu'un recépage complet supprime la récolte de l'année et peut retarder la production pendant plusieurs saisons. Ce n'est pas une taille d'entretien, mais un vrai changement de conduite.

Le Morus en haie ou en écran végétal

Un Morus très vigoureux peut être utilisé pour former un écran, à condition de disposer de suffisamment d'espace. Des rabattages réguliers permettent de conserver une masse dense et de limiter la hauteur.

Dans cette conduite, on privilégie le feuillage, la densité et la rapidité de remplissage. Les tailles répétées réduisent naturellement la floraison et la fructification. Si vous souhaitez à la fois un écran et des fruits, laissez quelques branches moins rabattues et conduisez-les vers l'extérieur de la haie.

Une haie de Morus ne doit pas être tondue comme une haie de cyprès. Les coupes propres au sécateur ou au coupe-branches permettent de mieux sélectionner les branches et d'éviter une masse de petites blessures.

Taille d'été : ralentir sans recéper

Sur les variétés très vigoureuses, une taille d'été peut compléter la taille d'hiver. Elle consiste à raccourcir les pousses qui ont pris trop d'ampleur, surtout lorsqu'elles déséquilibrent la couronne ou dépassent de l'espace prévu.

Cette intervention retire une partie de la surface foliaire et ralentit la croissance. Elle doit rester mesurée : un arbre a besoin de ses feuilles pour nourrir ses fruits et reconstituer ses réserves. La taille d'été est une correction, pas un remplacement de la taille de structure.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Recéper sans savoir ce que l'on veut obtenir. Le Morus repartira probablement, mais vous risquez de perdre plusieurs années de forme et de fructification.
  • Rabattre un mûrier fruitier comme un mûrier en parasol. Une taille très régulière peut conserver une belle silhouette, mais elle réduit souvent la production de mûres.
  • Conserver tous les rejets après un recépage. Ils se concurrencent et forment une touffe faible et emmêlée. Il faut sélectionner les meilleurs.
  • Couper les charpentières chaque année. Elles forment l'ossature de l'arbre ou du parasol. Les supprimer trop souvent oblige la plante à reconstruire sans cesse sa structure.
  • Faire de grosses coupes tard au printemps. La circulation de sève est active et les plaies peuvent s'écouler abondamment. Préférez la période de repos végétatif.
  • Confondre taille basse et arbre nain. Un mûrier recépé reste naturellement vigoureux. Il faudra continuer à sélectionner et à contenir ses nouvelles pousses.

En résumé

Les Morus sont capables de supporter des tailles très différentes, mais chaque taille produit un résultat différent. Une taille légère conserve un arbre naturel et favorise la fructification. Une taille régulière forme un parasol compact et ombrageant. Un recépage bas crée une cépée ou une touffe de jeunes tiges, au prix d'une perte temporaire de forme et de récolte.

Retenez surtout cette idée : on ne taille pas seulement un Morus pour le réduire ; on le taille pour choisir son futur usage. Arbre libre, arbre fruitier, parasol, cépée, haie ou recépage : à vous de décider quelle place vous voulez lui donner au jardin.

Avec une intention claire, quelques branches charpentières bien choisies et une sélection régulière des repousses, le mûrier devient une plante étonnamment adaptable. Et si vous hésitez encore, commencez toujours par une taille légère : il sera toujours temps de recéper plus tard, mais l'inverse est impossible.

Pour la règle du tiers, valable pour tous les arbres et arbustes, voir mon article sur la taille en général.

Sophie Arduino

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